Et ce samedi, la mayonnaise ne veut pas monter ! L’huile s’étale à la surface, la sauce s’effondre, s’esclaffe, fait des ronds, des bulles, elle vous nargue, vous irrite et vous pousse à tout jeter à la poubelle et tout recommencer. Il est pourtant de rares maîtres-queues qui parviennent à remonter la mayonnaise, mais alors là, il faut un sacré tour de main. Vous pouvez me croire.

Et le tour de main, c’est Louis Picamoles qui le possède puisqu’il parvient dans les dernières minutes, après un siège éprouvant, à marquer en coin l’essai qui transforme la bouillie gluante en une « bayonnaise » qui tient debout et rend le sourire aux locaux.

Tout avait pourtant bien commencé. Même si Martin Bustos-Moyano avait marqué les premiers points, le premier essai toulousain était inscrit en force dès la neuvième minute par Patricio Albacete, après une belle séquence de jeu. Luke Mc Alister, du bord de touche ajoutant la transformation, la sauce commençait à bien monter.

Les Toulousains se procuraient ensuite plusieurs situations dangereuses, mais ne pouvaient conclure si ce n’est pas le pied de Luke Mc Alister. Et là, en fin de premier acte, une interception dans la ligne, une transmission parfaite pour Joe Rokoçoko, un cadrage débordement d’école sur Maxime Médard (histoire de lui faire réviser ses dictons), et… s’effondre la mayonnaise ! Elle tourne, s’avachit, s’affaisse, se change en jus de boudin, d’autant plus que quelques pénalités viennent agrémenter le compteur. 

Dès la reprise, les cuistots toulousains tentent bien de rattraper le coup, ils tournent dans un sens, tournent dans l’autre, mais sans réussite. Les visiteurs se permettent même quelques incursions portant le danger… mais sans plus de succès.  

Luke Mc Alister, au pied permet quand même de revenir à un point, puis se lance depuis ses 22 mètres dans une course folle. Il s’extirpe plein champ de la ligne de défense, fixe le dernier défenseur à cinquante mètres de la ligne et laisse à Jano Vermaak le soin de gagner au sprint son duel contre Martin Bustos Moyano. Et c’est alors la vidéo, qui fait tomber la mayonnaise, un léger en-avant étant détecté dans la transmission entre les deux compères. Ce coup du sort pouvait anéantir toute chance, puisque sur la mêlée qui suit, Scott Spedding passe la pénalité et rend quatre points d’avance aux siens.

Reste un quart d’heure à la brigade locale pour donner à la sauce un aspect de sauce et tous s’affèrent autour du poêlon. Ils campent dans les cinq mètres, donnent assaut sur assaut, mais ni le chef Médard, ni le chef Albacete ne parviennent, malgré leurs méritoires efforts, à récupérer cette satanée mayonnaise. Il faut que le chef Louis Picamoles y aille de son tour de main expert, pour redonner à la préparation un aspect plus présentable.

Je ne sais si cette sacrée mayonnaise, si facile (en apparence) à monter à Marseille,  et si difficile à récupérer aujourd’hui, prendra à Jean Bouin dans une quinzaine. Ce que je sais, c’est que le championnat se trouve cette année particulièrement resserré et qu’il n’en est que plus passionnant encore.

Signé L’OEIL