Et de retour au bon moment, comme si une nouvelle compétition débutait. Et c’est bien le cas. Cela se sent très bien dans les tribunes où la molle participation, le soutien du bout des lèvres d’un public blasé, laissent place à l’intense ferveur de supporters. Tout se passe comme si la phase qualificative ne servait finalement que d’entrainement en vue de préparer ces joutes éliminatoires.

Cela se sent aussi sur le terrain où les Toulousains impriment un rythme et imposent une puissance qu’ils n’avaient pas montrés depuis longtemps. Une envie aussi, que les montées sur coups d’envoi de Jean Bouilhou, les rushs de Louis Picamoles, William Servat, Census Johnston ou Vasil Kakovin, les fulgurances de Clément Poitrenaud, Yoann Huget ou Maxime Médard, les placages destructeurs de Thierry Dusautoir, l’implication dans les rucks de Patricio Albacete ou Yoann Maestri attestent. Comme la conquête est propre, la charnière peut s’illustrer. Jean-Marc Doussain et Luke McAlister orientent le jeu, le façonnent à leur guise tout en veillant à jouer le plus souvent possible chez l’adversaire.

Mais les Franciliens ne sont pas venus pour servir de faire-valoir ! Ils s’accrochent au score, défendent becs et ongles et parviennent même à prendre par deux fois l’avantage, grâce à la botte de Jonathan Wisniewsky d’abord, puis à la faveur d’un exploit personnel de l’inusable Siréli Bobo servant Masi Matadigo pour la conclusion.

Entre temps, Gaël Fickou avait inscrit un essai dont je crois bien, qu’il est l’un des plus beaux auquel il m’ait été donné d’assister. Initié par une combinaison de passes supersoniques dans un périmètre réduit, ce « jeu de main – jeu de Toulousain » qui désarçonne les défenses, poursuivi par un Yannick Jauzion  « majuscule » servi lancé dans un petit intervalle passant en revue quatre défenseurs, avant d'ouvrir d’un geste inhabituel de basketteur la route à son compère. Du grand art. Vraiment.   

Malgré tout, rien n’est acquis. Il faut même une petite roublardise de Jean-Marc Doussain pour offrir à son complice de charnière trois petits points bien venus avant la pause.

Le second acte est du même acabit, Louis Picamoles inscrit son essai habituel après une touche aux cinq mètres et un groupé-pénétrant, mais Henry Chavancy réplique aussitôt en marquant en coin un nouvel essai qui maintient l’incertitude.

Mais les multiples temps de jeu des Toulousains, visiblement plus frais, mettent à mal des Parisiens courageux dont les forces déclinent et dont le moral, c’est inévitable, s’étiole aussi. Dès lors, c’est l’heure de vérité, Les fautes, notamment au sol, sont immédiatement sanctionnées par Luke McAlister en réussite et les tribunes s’enhardissent à scander quelques slogans : « Et ils sont là, et ils sont là les Toulousains » (pour beaucoup c’est la même foule qui prétendait il y a peu qu’ils n’y étaient pas d’ailleurs)  ou bien « On est en demie, on est en demie, on est, on est, on est en demie ».

Bref, le Stade Toulousain est en demie finale de Top 14 pour la vingtième fois consécutive ! Exploit unique. Il y rencontrera l’équipe dite des galactiques, super favoris depuis le mois de Septembre de nombre d’observateurs et des plus éminents déjà cités. Ce sera l’occasion, en véritables outsiders, de se tester au plus haut niveau et de se positionner exactement dans la sphère céleste du rugby français.

Signé : L’ŒIL