Le premier acte dure toute la première mi-temps. Il voit les deux équipes évoluer sans grande inspiration lyrique. Les dialogues sont pourtant récités dans une certaine continuité, comme s’il s’agissait de s’assurer de l’absence de trous de mémoires. Les Montalbanais montrent une bonne maîtrise et dominent plutôt, mais sans jamais pousser trop la troupe locale côté jardin. C’est au contraire sur une première incursion côté cour que Jean-Baptiste Elissalde, dans un rôle peu habituel pour lui de bergère, concrétise du pied sa première occasion.

Elle (la bergère) devra attendre un peu la réponse du berger Fabien Fortassin, celui-ci ayant, de manière bien inhabituelle pour lui, de 25 mètres en face, oublié sa première réplique. Ce n’est qu’un peu plus tard que la réponse vient sanctionnant un effondrement de maul. Mais comme la bergère veut avoir le dernier mot, c’est fréquent notamment chez les bergères, mais pas seulement, c’est elle qui permet de clore l’acte 1 sur un score de parité en profitant d’une nouvelle faute des visiteurs.

Peu de choses à vrai dire à mentionner sur cet acte, si ce n’est la vitalité moult fois exprimée d’un partenaire qui a à cœur de démontrer qu’au Stade Toulousain, le talon n’est pas celui d’Achille. C’est même lui, William Servat vous l’aviez deviné, qui déchire le rideau de scène et se voit refusé l’essai en raison d’une protection jugée illicite.

L’entracte semble mis à profit par un certain metteur en scène pour distiller quelques consignes. L’effet bénéfique ne tarde pas à s’en faire sentir puisque, tandis que l’horloge du stade s’éreinte à se remettre à l’heure, sur scène la chose est déjà faite par Bertus Swanepoel. Ce dernier conclut, décalé sur son aile droite, après un rush de Thierry Dusautoir à gauche poursuivi par une transmission rapide et précise sur toute la largeur du terrain.

La pièce devient plus alerte, de belles séquences de jeu d’acteur sont même données et l’œil exercé constate qu’aux fauteuils d’orchestre, la pression est de plus en plus difficile à soutenir pour les verts fluo. Cette main mise s’avère payante puisque Cédric Heymans lancé à toute vapeur dans la ligne prend l’intervalle et s’attribue, après l’un de ces slaloms un peu spécial dont il a le secret, la seconde réalisation.

Il reste vingt minutes à tenir pour les uns, vingt minutes aux autres pour s’octroyer cette friandise devenue aujourd’hui inutile, juste pour faire plaisir aux amis. Et c’est le moment du troisième tableau, plus dramatique, plus viril, où les Toulousains déclament leur supériorité. Les pénalités octroyées ne sont plus tentées, même plus envoyées en touche, mais utilisées pour mettre au supplice l’adversaire qui a trouvé son maître en ce domaine. Ce n’est, ironie du sort, que l’exclusion temporaire à dix minutes du baisser de rideau, d’un acteur de première ligne, qui autorise enfin à simuler le supplice !

Comme Monsieur l’arbitre rechigne à accorder l’essai de pénalité dans ce combat inégal, le troisième tableau se joue dans une bande de dix mètres devant la ligne verte. Mais la vaillance, la volonté des défendeurs sont telles, qu’il faut bien se résigner : non, le rideau ne se déchirera pas une troisième fois.

Le meuglement annonçant la fin de la pièce retentit lorsque, pris d’une pulsion irraisonnée les Montalbanais se lancent dans une ultime tirade. Ils en sont mal récompensés car, profitant d’un ballon malheureusement perdu et curieusement bonifié par une séquence à l'évidence improvisée, Yannick Jauzion, exécuteur des hautes œuvres, termine sa course tout étonné, juste devant le souffleur !

Et maintenant, que la fête soit belle et advienne que pourra…

Signé L’ŒIL