L'an passé, sous une pluie battante et dans un marécage, les Parisiens futurs champions de France, avaient instillé dans les têtes toulousaines, en ce même lieu, un mal dont finalement nos joueurs ne s'étaient jamais totalement guéris. Non contents de les obliger durant toute la saison à une course poursuite comptable haletante, ils avaient pondu dans la poire un ver redoutable : celui du doute. Les années se suivent et ne se ressemblent pas ! Par un temps idéal pour ce jeu, frais et humide, la rencontre s'annonce de bon niveau entre deux prétendants au titre et il serait surprenant que les Toulousains trébuchent une nouvelle fois à domicile, c'est du moins le discours entendu entre supporters rassemblés à l'occasion de ce début de saison, sous le pont Pierre de Coubertin.

Ce n'est bien sûr pas très poli, mais il faut bien dire que ce groupe de mordus marqués du sceau de l'Amicale, ne se passe pas, la bouche pleine, de s'échanger leurs aventures estivales et leurs sentiments sur la nouvelle saison. Par bonheur, un fond de Corbière aide bien la déglutition et permet d'enchaîner sans transition les plaisanteries. Bref, cette ambiance chaleureuse commençait à nous manquer à tous et l'occasion est belle de nous y retremper.

L'heure vient vite de la transhumance vers le grand cirque ovale. Peu à peu les gradins se colorent du rouge et du noir traditionnels, le vert tendre du pré offre une toile de fond superbe pour les joueurs que pour une fois même les aveugles ne confondront pas ! Les Toulousains arborent la tenue de deuil disons à la réglisse, tandis que les Parisiens sont carrément déguisés en fraises des bois. Les malabars, je veux dire ces athlètes de la couleur de ce chewing gum fameux, offrent aux enfants un spectacle splendide. Après tout, qu'importe, il s'agit là de l'expression artistique d'un sport nouveau, celui dont le score s'apprécie au poids du tiroir caisse. Toujours est-il que si le rouge attire les taureaux il apparaîtra bien vite que le rose provoque la charge de l'homme de la pampa !

Le match commence enfin. Après dix secondes les Parisiens s'octroient une occasion d'essai. Une mauvaise appréciation de la trajectoire, une réception calamiteuse et Julien Saubade se trouve en position favorable pour la première et la dernière fois ! Le mouvement se poursuit néanmoins et sur le second regroupement une faute toulousaine est sanctionnée des trois premiers points de David Skréla. Pas de quoi troubler la quiétude toulousaine. Bien vite une première alerte consécutive à une échappée de Byron Kelleher, poussé en touche à cinq mètres du but, met l'adversaire sous pression et c'est à la huitième minute que Clément Poitrenaud magnifiquement lancé par une croisée d'un Maléli Kunavore inspiré, dépose du pied le ballon dans l'extrême angle mort. Vincent Clerc fait parler sa vitesse de pointe pour devancer son vis-à-vis et aplatir son premier essai.

Six minutes de plus et c'est Valentin Courrent (tiens, on cherche un dix à Toulouse ?) qui allume une de ces torches capables d'illuminer les cieux. Ignacio Corleto et Yannick Jauzion disputent la bataille aérienne, tandis que Maléli Kunavore qui passe par là, capte d'une main en pleine course le brûlot, pour la seconde réalisation sous les perches. Délire dans les tribunes lorsque l'arbitre tend son bras après l'arbitrage vidéo, avec Claude Nougaro en prime, c'est le bonheur.

Par la suite, le jeu s'équilibre un peu, mais l'appétit des défenseurs réglisse pour la fraise des bois est tel qu'aucun espace ne se présente et que jamais ces dernières ne parviennent à passer le premier rideau. Dès lors il faut bien s'en remettre à capitaliser les occasions en transformant les pénalités. David Skréla et Valentin Courrent, alternativement y recourent. Cependant L'OEIL note durant cette période, l'excellente défense de Maxime Médard sur le mondialiste Ignacio Corleto, cloué, une fois n'est pas coutume, à cinq mètres de sa ligne.

La seconde période est plus tendue, quelques bisbilles entretenant l'amitié paraît-il, s'échangent. Mathieu Blin ne semblant pas apprécier que d'aucuns ne désirent en faire de la confiture, sort carrément du pot pour punir le petit impudent et Virgile Lacombe prompt à secourir ce dernier, finira avec lui sur le banc. Tandis que les Toulousains continuent leur oeuvre avec constance, que Patricio Albacete, William Servat, Finau Maka et les autres se disputent avec appétit leurs parts de fraises, la fin intervient, comme pour ajouter aux fruits une cerise, par un magnifique essai de Vincent Clerc. Il hérite d'une passe en bras roulé de Clément Poitrenaud, extirpé par un crochet intérieur dévastateur de sa garde rapprochée.

L'OEIL est bien trop averti pour conclure cette journée d'une dithyrambique envolée, la route est longue et difficile et c'est là tout l'attrait de ce sport. Reste que, là comme ailleurs, il vaut mieux avoir l'adversaire dans le dos que de courir à ses basques. La précédente saison l'a montré.

Signé : L'OEIL