Bref, une ambiance de fête, mais un enjeu important, pour les Toulousains plus que pour leurs adversaires. Et cette différence de position fait que ce n(est pas tout à fait un match de phase finale, même s'il en a la couleur, même s'il en a les odeurs.

Serais-ce cette épée qu'un certain Damoclès, proche ami de Brennus sans doute, a laissé un peu trop traîner dans les cieux garonnais qui les fige sur la première attaque adverse ? Toujours est-il qu'elle leur fait commettre une erreur de placement inhabituelle que mettent immédiatement à profit les Clermontois, ravis de trouver en bout de ligne un boulevard haussmannien pour l'immense Julien Malzieu. Il faut dire que c'est à l'issue d'une très belle entame visiteuse, de déploiements rapides et successifs sur toute la largeur du terrain que s'ouvre cette visite des boulevards. Trois minutes ont suffi à montrer aux incrédules que l'adversaire du jour est bien un prétendant légitime !

Les Toulousains piqués au vif, ne semblent pas inquiets pour autant. Ils profitent même de ce coup du sort pour galvaniser leurs énergies et commencent leur oeuvre. Commençant par le commencement, ils soignent la conquête. Ils répondent présent sur chaque point de fixation, ils jouent debout des phases de mano à mano étourdissantes et enchaînent quelques mouvements offensifs superbes. Ils trouvent en face une organisation défensive exemplaire qui plie mais ne rompt pas. Le spectacle est splendide, viril mais régulier, un vrai combat de chefs.

Forts de leur enthousiasme, ils finissent par pousser l'adversaire à la faute et Jean-Baptiste Elissalde ne manque pas l'occasion d'inscrire ses premiers points. Mais c'est un peu plus tard qu'il nous offre le premier diamant de l'après-midi. Une de ces pierres rares, étincelantes, un solitaire. Solitaire est le bon mot. Balle en main au centre du terrain, il s'extirpe de la meute et d'une accélération fulgurante laisse les adversaires constater les dégâts et les partenaires féliciter le phénomène. Vous imaginez l'ambiance dans les gradins jusque là soucieux, d'autant que la transformation acquise permet de passer enfin en tête.

Le second diamant est plus collectif, comme une rivière. Une combinaison moult fois travaillée en touche courte donne à William Servat l'espace qu'il aime dans le couloir des cinq mètres. Il est repris à cinq pas du but, mais le ballon est prestement extrait du regroupement par Jeff Dubois pour Yannick Jauzion et Maléli Kunavore, ce dernier trouve tout naturellement Cédric Heymans pour la conclusion, la route étant ouverte par un superbe leurre de Clément Poitrenaud. Et le public chavire de bonheur.

En seconde période, le troisième brillant, d'une pureté exceptionnelle, revient une nouvelle fois à Cédric Heymans. Servi en bout de ligne, il exécute un double cadrage débordement en trois pas face à ce qui se fait de mieux en matière d'adversaire. La fulgurance, la précision (deux pas à trois millimètres de la ligne de touche avant de déposer le caillou, un milliardième de seconde, foi d'horloge atomique, avant de fracasser le drapeau de coin, bref c'est le talent à l'état pur. Pur comme le diamant. Un vrai bonheur de cent carats.

La suite aurait pu être plus gratifiante encore si les jambes et surtout les esprits n'avaient tant donné. L'oubli d'un partenaire ici, une infime imprécision par là, font évanouir un rêve de bonus devenu inutile comme un raisin vert ! Quant aux orages qui frappaient les vitres des vestiaires selon le bon mot du manager général, il semble bien que leurs promoteurs doivent les remettre aux calendes. Il fait beau dans les coeurs au Stade Toulousain, Merci.

Signé : L'OEIL